Chronique du 05/12/1999

A. Le Prince : "Dites-nous André-Thomas, vous avez rencontré une mère de famille exemplaire, un certain soir, qui adore son métier et surtout sa famille ?"

André-Thomas D'Aquin : "Effectivement, j'avais commandé un taxi un soir et j'ai eu une agréable surprise, j'ai conversé avec une femme, chauffeur de TAXI Parisien, Chris de son prénom, qui avait déjà décoré sa voiture dans le ton des très proches fêtes de Noël... si vous la rencontrez adressez lui mon bon souvenir... et retenez ceci : elle vous souhaitera toujours avant de vous quitter, de passer une bonne et douce nuit !"

 

Ecole de danses indiennes

 

Extrait choisi du 07/12/1999

A. Le Prince : "Un jour André-Thomas D'Aquin nous a présenté un des ses manuscrits, 'SAPIENCE', regroupant des nouvelles, nous vous avons choisi celle du "vendredi 29 août 1997", nous vous rappelons l'interdiction absolue de procéder à sa copie, quelle qu'en soit sa forme, droits d'auteur obligent :

C'est parfois risible que de dire "l'être humain", car "l'humain" ne sait pas "être" mais tout bonnement il redouble de vivacité pour "paraître", s'y acharne jusqu'à y perdre son âme, alors qu'il est tellement plus simple d'être. Il y a de quoi en perdre son latin, n'est-ce pas ?

Mais que voulez-vous dire au juste, me direz-vous ?

Ouvrez vos yeux, vos oreilles, votre cœur et surtout votre esprit critique, car vous en avez la capacité, madame, mademoiselle, monsieur, que vous soyez blanc, noir, rouge ou jaune, que vous soyez riche ou pauvre - je l'entends à tous les sens du terme -, regardez autour de vous, respirer, humer l'atmosphère qui vous entoure et vous commencerez à comprendre la teneur de mes propos, du moins une partie de son essence.

D'Occident en Orient, et de tout temps, l'homme dans la rue, sera apprécié, déprécié, selon qu'il porte tel ou tel attribut social, vestimentaire, voire parfois même ethnique, jugé et catalogué. Ces jugements de valeurs sont issus d'une minorité qui s'accroît à vive allure pour devenir une majorité statuant et confortant ces attitudes, que je qualifierais d'irraisonnées. Bien d'autres abonderont dans mon sens.

L'humain est pourtant doué d'intelligence, mais ne met pas souvent à profit cette qualité intrinsèque. Oui il est très adroit quand il s'agit de défendre ses intérêts, quelques fois ceux de son prochain, mais parfois voulant se surpasser, il finit par vouloir dominer et ainsi entrer dans des guerres cycliques.

La culture entre autres quelque soit le domaine auquel elle se réfère permet de répondre à des schèmes moins belligérants, de découvrir l'autre et d'échanger avec lui certaines entités philosophiques, et en étant plus terre à terre, certains modes de vie.

L'échange, voilà un des chaînons de la vie sur terre, il permet aux hommes de progresser et de rechercher l'essence même de leurs buts, parfois les plus intimes, de s'entraider dans certains combats dont vous comprenez la sémantique ici utilisée.

A l'instant je pense aux fêtes de village, que l'on pouvais jadis rencontrer dans certaines campagnes françaises, il en existe encore, elles réapparaissent à nouveau, par on ne sait quel évènement, ou force, je m'en remets aux ethnologues, sociologues et autres psychologues. On y rencontre une joie de vivre, surtout lorsqu' on a fait preuve d'une prouesse extraordinaire à décrocher un saucisson ou quelque jambonneau au sommet d'un mât de cocagne, graissé ou huilé; on y rencontre quelquefois dans certains rituels, une violence parfois extrême mais qui est, celle-ci, canalisée par une force intelligente, la cohésion d'un groupe qui sait se faire et se défaire du jour au lendemain, un groupe dont les membres agissent dans le respect et l'écoute.

L'homme malgré ses différences, ses défauts, à toujours su aller de l'avant, et tout cela grâce au fait qu'il sait s'associer, pour illustrer ceci j'ai en tête cet adage : "les grecs et les latins sont à l'Occident ce que les indiens et les chinois sont à l'Orient". On ne peut plus clair.

André-Thomas D'Aquin

France- Québec

Chronique du 10/12/1999

A. Le Prince : "André-Thomas, je vous invite à allumer votre télévision le samedi 18 décembre 1999 à 22.20, sur la chaîne ARTE, et vous pourrez nous apporter un œil critique sur Tezkar, un pacte de mémoire en Éthiopie un film de Makeda Ketcham"

André-Thomas D'Aquin : "Je n'y manquerai pas cher ami, rendez-vous donc après le 18, j'ai eu par ailleurs un avant goût dans votre rubrique Cinéma/Télévision"

 

Chronique du 02/01/2000

A. Le Prince : "Toute l'équipe d' alpimages.com et moi-même, vous adressons, nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2000 qui sera bientôt pour certains l'année du dragon. André-Thomas, qu'allons nous aborder aujourd'hui?

André-Thomas D'Aquin : "Meilleurs vœux également à tous les internautes. Tezkar, un pacte de mémoire en Éthiopie voilà une autre approche de l' Éthiopie, son auteur, Makeda KETCHAM a du talent, je lui souhaite bonne continuation dans son art. En voyant son film, je me suis souvenu d'un de mes périples dans ce pays, et également d'un livre recueillant toute la correspondance depuis l' Éthiopie qu' entretenait un certain Henry de Monfreid avec son père Daniel de Monfreid (ami de GAUGUIN)"

Chronique du 07/06/2000

A. Le Prince : "Le retour d'André-Thomas, se fait aujourd'hui, à la suite d'un périple de 9 mois, toute l'équipe vous souhaite donc la bienvenue, alors racontez-nous vos observations, vos rencontres... André-Thomas"

André-Thomas D'Aquin : "Merci à vous, (...), merci à votre soeur et à tout le reste de l'équipe. Je reviens en effet d'Italie, BOLOGNA, RAVENA, où j'ai rencontré des italiens accueillants et italiennes ravissantes et pleines d'esprit. Si vous faites escale à Bologna, réservez une table au "Donatello", et vous savourerez un coktail de pâtes fraiches, et à Ravena commandez du poisson au "Gloria", vous ne devriez pas être déçus."

Chronique du 10/06/2000

A. Le Prince : "André-Thomas, un jour vous m'avez dit avoir fait un voyage virtuel, et fait des rencontres plutôt inattendues, avez-vous eu une initiation auprès des chamans ?..."

André-Thomas D'Aquin : "Non non, rien de cela, je vous en dirais plus, j'ai découvert par un média la possibilité de transmettre des pensées, des attentions, des questionnements, il s'agit d'internet, du dialogue en direct, et figurez-vous qu'il existe sur ce réseau des personnes douées de sensibilité, qui ont une soif de connaissances, des envies de donner pour donner..."

 

Chronique du 15/08/2000

André-Thomas D'Aquin : "...des envies de donner pour donner... mais aussi de recevoir et surtout de prendre, sans retenue aucune, sans dogme établi, sans aucune grâce, je veux dire par là qu'il vous faut faire parfois très attention, car des personnes peu scrupuleuses, parcourent également ces milieux, vous feront miroiter de douces illusions, vous feront des promesses, et vous tromperont en passant par de la flagornerie. Je fais en partie allusion à des sites pornographiques, mettant en scène des mineurs, mais également à certains forums de rencontres, où se trouvent parfois certaines exactions touchant au proxénétisme, à la vente aux enchères de certains objets émanant d'un passé bafouant les valeurs culturelles et ethniques."

A. Le Prince : "André-Thomas, je vois très bien ce que vous voulez dire, fort heureusement des instances spécialisées luttent contre ces pratiques et vont jusqu'à des condamnations, assurant et rétablissant ainsi les codes de déontologie. Il faudra également mieux protéger nos enfants qui arrivent de plus en plus jeunes sur ces nouveaux médias qui restent néanmoins un moyen de culture des plus riches et des plus abordables. Ces dites instances travaillent en permanence pour que l'ordre règne et pour que de nouveaux modes de sécurité soient éprouvés.

Revenons à vos projets en cours André-Thomas, nous vous retrouvons bientôt pour votre nouvel ouvrage faisant suite à 'SAPIENCE' dont le titre somme toute déroutant est encore gardé secret... affaire à suivre donc."

Chronique du 15/10/2000

A. Le Prince : "Bonjour à vous André-Thomas, qu’allons nous aborder aujourd’hui ? Mais avant tout, suite à une pléthore de courriers électroniques, beaucoup aimeraient lire d’autres extraits de votre ouvrage 'SAPIENCE', sitôt dit sitôt fait, voici la 'Nouvelle du mardi 2 septembre 1997' ":

Comment finalement se dire que telle ou telle institution, administration, voire entreprise de services puisse réellement fournir un accueil de qualité, soyons modestes et moins exigeants, un accueil qui sans atteindre la perfection puisse apporter ou demandeur lambda une satisfaction minimale.

Nous rencontrons malheureusement des situations où certaines personnes ne trouvent pas la réponse qu’elles recherchent. Soit parce qu’elles ne pratiquent pas la langue locale de façon basique, soit parce qu’elles n’arrivent pas à transmettre leur message, le fond de leur pensée, soit parce qu’elles ont en face d’elles des personnes qui répondent aux mêmes critères, j’en doute pour le premier postulat.

En d’autres termes, on semble les ignorer, les ridiculiser, les flagorner… mais qu’ont-elles fait, rien mais elles n’appartiennent pas à la norme locale ou du moment.

Plaçons notre attention à ce que nous faisons et disons, car nos actes, nos paroles, nos écrits, nos gestes peuvent être interprétés d’une façon totalement différente de celle qu’on escomptait.

Même ce que j’écris en ce moment, ce que je dis, sera interprété, sera déformé, parce que je n’utilise pas les mêmes champs lexicaux de mon lecteur, de mon interlocuteur, j’en prends conscience et je m’efforce toujours de formuler en d’autres termes.

La linguistique devient alors passionnante, ainsi que l’étymologie latine, grecque, sanskrite…

André-Thomas D'Aquin

André-Thomas D'Aquin : "Votre choix est bienvenu pour les sujets que je souhaite aborder aujourd’hui, en effet l’étymologie, l’origine des sens, l’étude entre autres de l’obélisque de Philae par un illustre figeacois, la phonétique, " Les Religions africaines au Brésil, 1960 " écrit par un sociologue français d’origine nîmoise, dont vous avez d’ailleurs rencontré à Montpellier, sa fille Suzanne. 

Anand, je me permets de mettre à jour la signification du patronyme "Rattinasamy" d’un de vos aïeux, le premier qui opta jadis pour votre actuel nom de famille, pour lui et sa descendance, renonçant ainsi à sa caste KSHATRIYA. 

"Samy" signifiant "le seigneur", "Rattinam" signifiant "pierres précieuses" et notamment "rubis", ainsi nous pouvons connaître l’origine de chaque personne, par son patronyme, par sa culture, à condition que la mémoire ait été préservée et que les transcriptions aient été fidèles dans les moindres détails. 

J’aborde ainsi les notions de transmission d’un message, d’un savoir ou d’une culture, dans les domaines aussi vastes et riches que la linguistique, l’ethnologie…"

A. Le Prince : "Nos internautes voient sans mal que vous faites référence à l’égyptologue français Jean-François CHAMPOLLION et la "pierre de Rosette", au sociologue français Roger BASTIDE (je connais effectivement Madame Suzanne BASTIDE, sa fille, qui avait fait ses classes dans la danse sous l’enseignement de Maurice BEJART).

Citons alors, puisque que vous avez parlé de Brésil, l’anthropologue français natif de Bruxelles, auteur de 'Tristes Tropiques' (1955) et de 'Race et histoire' (1960).

A bientôt André-Thomas pour d’autres citations d’auteurs, d’écrits, de pensées… afin de mettre toujours en éveil nos sens et notre soif de connaissances, nous amenant ainsi à lire et relire des ouvrages intéressants par leur pertinence."

 

Chronique du 12/12/2000

A. Le Prince : Bonjour André-Thomas, dans très précisément 12 jours, pour certaines obédiences, des personnes vont veiller jusqu’au jour de Noël.

André-Thomas d’Aquin : En effet, et pour la circonstance, je vais vous citer trois artistes d’une tessiture totalement différente, l’une de l’autre, et d’un registre également différent.

- Annie Laurens, interprétant deux « Ave Maria », l’une de GOUNOD et l’autre de SCHUBERT, est accompagnée par le Collegium Musicum de Paris sous la Direction de Roland DOUATTE (Merci à Vogue Productions pour cet enregistrement en série Médium)

- Mahalia JACKSON pour « Upper in the Room » a été enregistrée par Guardia Ind. Records, Double disque d’Or réédité par Vogue La Société Française.

- Jacqueline FARREYROL, d’une Ile qui fût jadis l’Ile BOURBON, chante « Noël à la Réunion », extrait de l’album « TRI LA RITRON », Grand Prix du Disque Académie Charles Cros, aux Editions musicales AUVIDIS.

Ce choix est dédié à une personne mystérieuse qui avait, un jour beaucoup compté pour vous, tournant alors la page vous effacez ainsi de nombreux doutes.

A. Le Prince : On ne peut rien vous cacher André-Thomas, et c'est dans le silence que que j'ai retrouvé la paix et la sérénité.

Il est vrai aussi que la connaître davantage aurait été appréciable, un silence que j'ai donc respecté.

Tout cela m'amène à vous faire part, moi aussi, de références littéraires, trois livres à apprécier et pourquoi pas à offrir le jour de Noël :

- L’enfant oublié ou les folies génétiques de Jean-François Mattei aux Editions Albin Michel

- Les Défricheurs d’Eternité de Claude Michelet aux Editions Robert Laffont

- Chacun cherche son ange d’Anselm Grün également aux Editions Albin Michel,

bonne lecture et douce écoute.

 

Chronique du 01/01/2001

A. Le Prince : Toute l'équipe d' ALP Images & Conseil vous adresse ses meilleurs voeux pour ce nouveau millénaire.

André-Thomas D'Aquin : Je me joins à vous pour prodiguer les mêmes attentions à tous vos lecteurs. 

Chronique du 23/01/2001

A. Le Prince : Toute l'équipe d' ALP Images & Conseil souhaite un bon anniversaire à Ponette SARDE.  

Chronique du 07/03/2001

"(...) l'homme vertueux n'atteint à la perfection morale qu'en l'élan gratuit qui le livre tout entier au Bien, en tendant constamment vers Lui tous ses pouvoirs d'agir par une continuelle oblation de son être le plus intime. La valeur absolue de son acte, en effet, réside justement dans le fait qu'il se donne lui-même, sans réserve, en laissant l'Autre divin s'exprimer en lui, comme le marbre, sous le ciseau de Michel-Ange, n'est plus que le frémissement de la Beauté. C'est en cette sorte d'investiture diaphane, où s'atteste une étreinte divine, que toute vertu authentique obtient son statut d'éternité et devient une source universelle de lumière et de joie."

 

Extrait de L'homme passe l'homme de Maurice Zundel (Éditions LA COLOMBE)

 

 

Chronique du 11/04/2001

A. Le Prince : André-Thomas, aujourd'hui, je vous présente une nouvelle venue dans les "Chroniques d'André-Thomas d'Aquin"; elle nous apportera un autre regard et sa touche féminine, ensemble, accueillons Audrey Repain.  

André-Thomas D'Aquin : Bienvenue à vous Audrey

Audrey Repain : C'est parti...
Le boss m'a dit: "Je te donne carte blanche! tu écris ce que tu veux... aucune censure." A mon oreille, ça sonnait un peu comme: " Votre mission, si vous l'acceptez...", sauf que là, la mission, j'étais pas certaine de pouvoir la mener à bien, et vu que je m'appelle pas Jim Phelps, j'avais hâte que le message s'autodétruise... Quel était le problème me direz-vous?? Il était pourtant simple... si on y réfléchit bien, je n'avais aucune mission. Pas de but à atteindre, si ce n'est écrire quelque chose sans autre contrainte que celle d'être libre... Imaginez qu'on ait dit à ce bon vieux Jim: "Jim, bon vieux Jim, faut absolument que tu sauves une riche héritière ce mois-ci... on n'a pas atteint notre quota de jolies filles sauvées dans les épisodes du mois dernier!", vous croyez qu'il aurait réagi comment le pauvre Jim?? Eh bien il serait devenu fou. Tout simplement. Parce que figurez-vous que ça pullule, les riches héritières, au pays des séries télé. Il n'aurait pas su où donner de la tête... "Une héritière au Koweit? au Sri Lanka?? où, où??? à Sacramento???? Quoi, Bujumbura vous dites????? mais comment je vais faire?????? Je peux pas choisir!! Y en a trop..." 

Le voilà le problème. Choisir. Être libre. 

J'aurais encore préféré être obligée de parler des conséquences de l'urine de chien sur les voies ferrées plutôt que d'être livrée à moi-même face à cette liberté offerte comme un cadeau empoisonné... Comment décider du but de ma mission..? Pourquoi choisir un sujet et pas cet autre qui m'intéresse tout autant? Paradoxalement, exercer ma liberté me donne l'impression d'y mettre une barrière... la liberté s'arrêterait-elle à l'endroit où on lui permet de commencer...? Même si par définition, la liberté n'existe que parce que les barrières sont là, je ne crois pas... en fait, je souffre d'un mal dont beaucoup souffriraient si on leur offrait à eux aussi la liberté sur un plateau d'argent... je suis l'animal sauvage auquel on rend la liberté après toute une vie de captivité... je suis l'animal incapable de quitter la cage qui est devenue son unique terrain d'expression... l'animal terrifié à l'idée de devoir choisir lui-même où il ira... mort de faim parce qu'ignorant comment se nourrir seul... 

Voilà ce à quoi je suis réduite. 

Toute notre vie, on nous dit quoi manger, quoi penser..." les fibres, c'est bon pour la santé... Flaubert est un grand auteur... la gourmandise est un vilain défaut... il ne faut pas dessiner sur les murs, il y a du papier pour ça...", et nous, on entend, on écoute, on retient bien sagement... on rentre dans la cage. Pourtant, ça peut être beau les dessins sur les murs... qui aurait l'idée de dire aujourd'hui à Michel-Ange qu'il ne faut pas peindre sur le plafond de la chapelle Sixtine??? Si des tas de touristes prennent le risque de se faire un torticolis en admirant ses fresques, c'est parce qu'on lui a donné le droit de s'exprimer artistiquement sur un enduit... parce qu'on l'a encouragé à faire ce pour quoi il avait un talent naturel. Aujourd'hui, un gamin qui voudrait écrire devrait prendre ce droit lui-même, sous peine d'être obligé de passer sa jeunesse à disserter sur
"l'art de la description chez Balzac" ou "la position du lecteur face à l'oeuvre romanesque". Et encore... peut-on parler de réflexion quand le correcteur attend de nous des idées bien précises, étayées par des arguments maintes et maintes fois évoqués dans tous les corrigés et manuels littéraires dont on nous assomme sans relâche, tout ça selon un plan classique en "trois-parties-trois-sous-parties"?? Il semblerait bien que le mot d'ordre soit "Ne fais pas trop marcher ta cervelle à toi si tu veux avoir une bonne note... contente toi de ce que celles des spécialistes en la matière ont trouvé." Seulement, moi... je ne veux pas me contenter de ça... je veux être moi. Ne pas être la copie conforme de tous ces fantômes qui ne pensent qu'en trois-parties-trois-sous-parties, avec arguments à l'appui et idées passe-partout... 

Je veux qu'un jour, quelqu'un dise "Ah tiens, ça me fait penser à ce qu'Audrey Repain a dit!"... je ne garantis pas que le nom de famille restera le même, mais je suis certaine d'une chose... le jour où le Boss m'a donné carte blanche, il ne se doutait pas de ce que ces simples mots me feraient écrire...

 

Chronique du 20/04/2001

André-Thomas D'Aquin : Bonsoir Audrey, de nombreux internautes vous ont souhaité aussi la bienvenue et attendent avec impatience vos nouvelles anecdotes de la vie. Une nous a dit à propos de la chronique précédente: "Cela m'a beaucoup rappelé mes cours de philo...", un autre: "...une personne douée d'humour et de raison..." alors ce soir, Audrey, racontez-nous... 

Audrey Repain : ...sujet de la semaine dernière: la liberté. Liberté de créer, liberté
d'être soi... hum. Oserai-je? Oui.


      Oyez oyez!! ou plutôt.. Lisez lisez!!! Sujet de la présente chronique: la liberté d'être chez soi! Oui, je m'en doute... pour le moment, cela ne vous évoque pas grand-chose... mais laissez-moi vous raconter une histoire...


      Je situe la scène. Jeudi 12 Avril. Il est 17h, je viens de rentrer chez moi. Je suis fatiguée... je n'ai qu'une envie: me jeter sous la douche bienfaisante qui me fera oublier que je n'ai que cette envie... je jette ma veste sur la chaise, enlève mes chaussures en posant mon sac sur le canapé tant bien que mal... je ferme les volets... parfaitement! vous avez bien lu. Je ferme mes volets à 17h pour prendre ma douche... si je vous dis que j'habite un studio au second étage d'une vieille maison dont les fenêtres sont en vis-à-vis de celle d'un hôtel, que je n'ai pas encore trouvé le temps d'acheter des rideaux et les poser, que j'ai la fâcheuse habitude de ne pas me déshabiller dans ma salle de bains, mais dans la pièce d'où je peux contempler à loisir la façade de l'hôtel deux étoiles, vous comprenez pourquoi je prends soin de fermer mes volets à 17h avant de prendre ma douche?? Je ferme donc les volets, commence à me déshabiller, et vais dans la salle de bains.


      Et c'est là que tout bascule. J'entends un bruit étrange. Un drôle de cliquetis. Je sors de la salle de bains... ce bruit, il vient de ma porte d'entrée. Quelqu'un essaie de rentrer chez moi en forçant la serrure. Premier réflexe: me rhabiller. Ben oui... les premiers réflexes sont parfois
incongrus... mais bon, si je prends soin de ne pas me montrer aux clients de l'hôtel d'en face dans le plus simple appareil, c'est pas pour laisser le premier cambrioleur venu profiter du spectacle! Et là, tout en me rhabillant, je réalise que le bruit a cessé. Et qu'à la place, quelqu'un frappe à la porte. J'enfile mon pull, me dirige vers la porte... tout en me disant d'être
prudente, de ne rien faire d'inconsidéré, de rester sur mes gardes, de faire attention, de ne pas céder à la panique, bref, de rester calme et maîtresse de moi-même. Le temps que j'arrive à la porte, on essaye à nouveau de s'introduire chez moi. Non pas en forçant la serrure, comme je l'ai cru au début, mais en se servant d'une clé... le seul petit problème pour l'intrus, c'est que ma propre clé se trouve de l'autre côté de la porte, l'empêchant ainsi de pénétrer chez moi autrement qu'avec une hache ou mon autorisation. Trouvant tout de même étrange qu'un cambrioleur possède un double de mes clés, je me décide à ouvrir ma porte.. mais attention! je me saisis d'abord d'une arme. Oh, rassurez-vous, rien d'illégal! un simple dictionnaire de grec ancien fait parfaitement l'affaire quand il s'agit d'assommer quelqu'un... dans tous les sens du terme d'ailleurs... bref, me rappelant ce bon vieux slogan à peine remanié "Le poids des mots, le choc du dico", j'ouvre enfin ma porte, prête à parer toute attaque. Et là...


     "Madame B. ! C'est vous!?!?"  ( J'ai décidé de préserver l'anonymat de l'infâme... après de longues heures de réflexion... un vrai cas de conscience..)


     Mais laissez-moi vous présenter Mme B.


     Une quarantaine d'années, une quarantaine de points de QI, un chien d'une quarantaine de grammes, à poils longs et d'une capacité vocale digne d'une Castafiore sous amphétamines (qui a dit que je n'aime pas les yorkshires?), le tout couronné d'une magnifique chevelure rouge cerise. Voilà le portrait de Mme B., membre du syndic gérant mon studio. Ultime renseignement: elle habite un appartement situé au premier étage, et fait office de concierge... là aussi dans tous les sens du terme. C'est le canada dry des concierges: elle a un métier, elle bosse dans un club de remise en forme. Elle ne vit pas dans l'escalier, on ne lui verse pas d'étrennes... mais
elle fait visiter les apparts à louer, fait signer le bail, contacte le plombier ou l'électricien si on lui en fait la demande, fait moult commentaires sur les anciens locataires, ainsi que sur les actuels si on l'encourage un peu... et doit s'acquitter tous les ans d'une tâche ingrate, celle qui précisément l'amenait à ma porte ce Jeudi 12 Avril.
      

"Mademoiselle Repain! euh... Bonjour... euh... Je venais pour relever le compteur d'eau!", s'exclame-t-elle en guise de salutations... Il va sans dire que sur le moment, j'étais bien incapable de répondre quoi que ce soit, surprise que j'étais de ne pas me trouver face à un malfrat tout de noir vêtu. Oui, je sais... quel aurait été l'intérêt de s'habiller en noir alors qu'il faisait encore jour?? Je n'en sais fichtre rien, mais au moins, ça aurait collé avec l'image qu'on se fait d'une personne qui essaie de rentrer chez vous sans y être invitée! Au lieu de ça, je me retrouvais devant une Mme B. aussi rouge que ses cheveux... bredouillant de vagues explications dont je ne me souviens même plus, auxquelles j'ai répondu tout aussi vaguement... Cette scène, quand j'y repense, il me semble l'avoir vécue dans une sorte de coton...
      

En fait, cette impression de brouillard, je ne l'ai eue qu'une fois dans ma vie... en échappant de justesse à un accident de voiture qui aurait pu nous être fatal à ma mère et à moi... ma mère était au volant à ce moment-là, j'étais à côté d'elle, et pendant qu'elle faisait tout son possible pour éviter la fourgonnette qui venait droit sur nous, je ne pensais à rien... ne voyais rien... n'entendais plus rien. Plus rien d'autre n'existait que nous, jamais nous n'avions ressenti à ce point ce que c'était que de vivre.
      

Quand Mme B. a essayé de rentrer chez moi pensant que je n'y étais pas... j'ai pris conscience de tout ce que signifiait l'expression "chez soi". En essayant de franchir une barrière que je croyais sûre, celle de la serrure de ma porte d'entrée, en s'autorisant à posséder le double de mes clés et à s'en servir, elle a violé mon intimité. Elle a détruit ce sentiment de sécurité que tout le monde souhaite avoir. Ce sentiment d'être dans un endroit tellement proche de soi, de ce qu'on est réellement, que rien de dangereux ou de douloureux ne pourrait nous y atteindre... un endroit où l'on peut s'exprimer sans crainte du regard d'autrui... J'ai toujours adoré chanter, mais pour moi, quand je suis seule. Non que je chante mal, il n'y a aucun problème de ce côté-là, mais parce que j'ai le sentiment de me mettre à nu quand je chante. Celui ou celle qui me verrait chanter quand je suis seule saurait tout de moi d'un seul regard. Et cette perspective me terrifie. Alors le jour où soudainement, alors que je chantais à pleins poumons toute seule dans ma chambre, je me suis retournée pour me trouver nez à nez avec mes parents, mes frères et ma soeur qui me contemplaient dans mes oeuvres depuis cinq minutes, je suis morte de honte sur le coup. Pas parce que j'avais le sentiment d'être ridicule. Mais parce que j'avais l'impression qu'ils m'avaient volé des choses qui n'appartenaient qu'à moi. Et c'est ce que Mme B. a failli faire.
      

Ce Jeudi 12 Avril, sur le moment, je n'ai pas réagi. J'aurais pu faire remarquer à Mme B. qu'elle n'avait pas le droit de rentrer chez moi sans mon autorisation, ni celui de posséder un double de mes clés, qu'il lui aurait suffi de me laisser un mot à propos du relevé de compteur... mais d'une
certaine façon, j'étais en état de choc. Comme paralysée. Une fois le brouillard de la surprise et de l'incompréhension dissipé, la colère a pris le dessus. J'étais bien décidée à faire changer ma serrure, à faire un scandale... Mais finalement, quel aurait été l'intérêt? Le mal était fait. J'avais compris que toute la sécurité qu'on peut se créer n'est que relative. Et puis, élément non négligeable, c'est Mme B. qui dressera l'état des lieux le jour où je déménagerai... mieux valait ne pas trop faire de vagues!
      

Quant au fait que la cerise sur pattes pourrait décider de remettre son nez là où il ne faut pas... le soir même, j'ai sonné à sa porte pour lui remettre en mains propres le relevé de compteur. J'ai entendu des bruits de pas chez elle, son chien a aboyé... mais personne n'a ouvert. Eh oui... le "chez soi" est aussi parfois la tranchée où l'on se retire pour échapper à l'éclatante réalité de ses méfaits.

Chronique du 07/05/2001

"Une vieille légende hindoue raconte qu’il fut un temps où tous les hommes étaient des dieux. Comme ils abusèrent de ce pouvoir, Brahma, le maître des dieux, décida de le leur retirer et de le cacher dans un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Oui, mais où?

   Brahma convoqua en conseil les dieux mineurs pour résoudre ce problème.

   -  Enterrons la divinité de l’homme, proposèrent-ils.

   Mais Brahma  répondit:

   -  Cela ne suffit pas, car l’homme creusera et trouvera.

   Les dieux répliquèrent:

   -  Dans ce cas, cachons-la tout au fond des océans.

   Mais Brahma répondit:

   -  Non, car tôt ou tard l’homme explorera les profondeurs de l’océan. Il finira par la trouver et la remontera à la surface.

   Alors les dieux dirent:

   -  Nous ne savons pas où la cacher, car il ne semble pas exister sur terre ou sous la mer d’endroit que l’homme ne puisse atteindre un jour.

   Mais Brahma répondit:

   -  Voici ce que nous ferons de la divinité de l’homme: nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher.

  

Et depuis ce temps-la, conclut la légende, l’homme explore, escalade, plonge et creuse, à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui."

Chronique du 17/05/2001

Audrey Repain : C'était par une journée d'avril, froide et pluvieuse à souhait... le genre de journée qui vous donne envie de rester chez vous, bien tranquille, au chaud, loin de tout ce qui pourrait ressembler à une flaque d'eau... Seulement voilà, je n'avais pas le choix. Il fallait que je sorte, que j'affronte la mauvaise humeur qui dégorgeait des impers et stagnait au ras du bitume. La date fatidique approchait. Partout on hissait les drapeaux en préparation du grand jour... les agences de voyage vantaient à grand renfort d'affiches les destinations ensoleillées qui semblaient seules susceptibles de remettre un peu de baume au coeur des masses laborieuses, désespérées face au week-end de quatre jours qui s'annonçait pris d'assaut par les cumulus... le mois de mai n'allait pas être joli du tout... Exception faite du jour qui allait couronner ma soeurette de ses vingt-trois printemps.

 

Eh oui... la futée a bien choisi son jour! En naissant un huit mai, elle se prenait à vie un congé pour souffler des bougies et ouvrir des cadeaux. Encore faut-il qu'il y ait des cadeaux. C'est justement ce qui m'obligeait à quitter mon petit nid douillet ce jour-là.

 

Alors je me suis armée de courage, j'ai regardé mon parapluie en le narguant une fois de plus (j'ai horreur de m'encombrer d'un parapluie... je le réserve pour le prochain déluge ou un rendez-vous chez le coiffeur, deux faits tout aussi hautement improbables... pourquoi donc ai-je un parapluie? Hum... bonne question sur laquelle je promets de me pencher...), et je suis sortie.

C'était encore pire dans la rue que ce que j'avais observé de ma fenêtre... tout sentait le chien mouillé... le paysage n'était plus qu'un dégradé de gris... les sons se perdaient dans le clapotis ambiant... Mais vaille que vaille, j'avançais. J'étais sûre de trouver l'objet de ma quête dans ce fameux magasin "faune flore et trouvailles" (également connu sous le nom de "viens payer deux fois plus cher parce que c'est écolo"). Et je ne me trompais pas. Sitôt entrée, sitôt rassurée. LE cadeau était là, il n'attendait que mes deux mains pour passer à la caisse.

Une fois sortie, je me suis vite rendu compte que l'écologisme n'a pas que du bon... sauf si on sort toujours avec son parapluie. Ben oui... qui dit magasin écolo dit sac en papier... et sac en papier + pluie = bouillie infâme dont le colorant déteint sur vos vêtements et vos mains.

J'étais en train de me débattre avec ce porridge écolo-décalco-commercial supposé contenir cet énorme paquet cadeau et non remplir mes mains... quand soudain je l'ai vue.

Flaque géante mue par je ne sais quel esprit malin. Cheveux collés au visage par les trombes d'eau. Plongeant son regard hystérique dans le mien, y vissant ses pupilles comme on arrime un missile à sa cible. J'étais repérée. Il était trop tard... je pouvais faire l'insouciante, celle qui n'avait rien vu, regarder le ciel en sifflotant, détourner la tête pour regarder la vitrine de l'autre côté de la rue, accélérer le pas pour rattraper un pseudo-retard à ce rendez-vous capital que je venais d'imaginer, essayer soudain d'une main hésitante de replacer en arrière les mèches de cheveux ébouriffées par le vent pour éradiquer de mon champ de vision cette autochtone "trottoiresque"... rien n'y ferait. Elle se dirigeait vers moi. Tout son être tendait vers la proie que j'étais devenue. Telle un félin, elle s'avançait. Elle savait que je l'avais vue, mais faisait comme si de rien n'était, attendant le moment fatidique où je serais à sa merci... dans un dernier soubresaut, je songeais à changer de trottoir. Peine perdue. Là-bas déjà, ses congénères dépeçaient les habitudes d'un malheureux consommateur qui n'avait su éviter l'embuscade. J'étais coincée entre Charybde et Scylla. Très bien. J'allais affronter l'ennemie. Suivre ma course de piétonne de moins de cinquante ans sans dévier d'un millimètre.

MONTJOIE!!!

Le choc fut quasi frontal. La bouillie rose de l'immonde sac écolo en amortit la violence, laissant au passage quelques sanglantes traînées de papier mâché sur le pardessus détrempé de l'anémone de trottoir. J'évitais de justesse le coin d'un bloc notes format XXXXL qui menaçait de s'encastrer dans mon ventre, esquivais la pointe d'un stylo bille rageusement lancé vers ma joue. La témérité fut payante, le mollusque goudronneux neutralisé. A peine eut-il le temps de me lancer un vague "Vous auriez deux minutes? C'est pour un sondage..." que je reprenais ma trajectoire.

Pourquoi fuir ainsi me direz-vous? Pourquoi ne pas avoir eu pitié de cette pauvre fille qui visiblement essayait comme elle pouvait de gagner de quoi financer ses études? Quand on y pense, j'aurais pu être à sa place, je sais bien.

Seulement voilà...

... leurs deux minutes en signifient généralement trente, passées dans un petit bureau à l'air climatisé irrespirable, sur une chaise inconfortable, face à des plantes vertes qui n'ont de naturel que le plastique qui a servi à les fabriquer...

... leur sondage ressemble à une mise en boîte systématisée, et s'il y a bien une chose qui m'énerve, c'est d'être réduite à une simple étiquette du genre "ménagère de moins de 50 ans", "célibataire en milieu urbain", ou "coeur de cible" pour un quelconque produit...

... si d'aventure, j'acceptais de répondre à leur questionnaire, je sais que ma sincérité ne tiendrait que quelques secondes... à une question du genre "Vous arrive-t-il d'acheter ce produit? si oui, à quelle fréquence? Et pour quelles raisons?", je m'empresserais de répondre non, même si c'est faux, rien que pour hâter l'heure de ma délivrance...

... je sais pertinemment que dans 99% des cas, je me trouverais interrogée sur un produit du genre liquide vaisselle, magazine féminin, mascara ultra recourbant, tampax super absorbant... comme si ma condition féminine m'interdisait tout intérêt pour une voiture, un outil de jardinage ou un caleçon (surtout quand on sait que la plupart du temps, ces messieurs nous font confiance pour l'achat de leurs sous-vêtements...). Halte au sexisme!!!

... si je réponds à l'un, pourquoi ne pas répondre à l'autre? Eh oui, quand un sondeur se jette sur vous, il y a fort à parier que tous ses collègues ont reçu le matin la même feuille que lui... celle où s'étale dans toute sa splendeur votre portrait-robot. Dans ces conditions, céder à l'un, c'est ouvrir la porte à une marée humaine... il faut les comprendre, c'est tellement dur de trouver une bonne âme sur leur petit bout de trottoir que dès que le miracle se produit, ils se jettent sur elle dans l'espoir de profiter de la manne divine. Et là, désolée, c'en serait trop pour moi... parce que leurs deux pseudo-minutes multipliées par trente... je vous laisse faire le calcul, mais le résultat vaudrait de toute façon une panne générale de mon système nerveux central.

Voilà, pour toutes ces raisons, je fuis les enquêteurs squatters de trottoirs... même si, je l'avoue, je me sens parfois honteuse de ne pas offrir ces deux petites minutes. Tellement honteuse qu'il m'arrive de penser : "Allez, la prochaine fois, tu répondras oui au lieu de partir comme si tu n'avais rien entendu!"

Alors, c'est décidé, j'en fais la promesse solennelle : le jour où je me ferai à nouveau aborder par un enquêteur, j'obtempérerai sans fuir ni résister... seulement s'il ne pleut pas!

Chronique du 23/05/2001

Audrey Repain : Voilà maintenant presque deux mois que nous avons fait connaissance par l’intermédiaire de ces chroniques... enfin, que vous avez fait ma connaissance. Parce que pour ma part, je ne sais absolument rien de vous qui me lisez, si ce n’est que vous existez. Etrange relation que celle-là... je m’exprime et je ne sais même pas quel effet mes propos ont sur vous. Si vous étiez face à moi aujourd’hui et que je vous racontais mes joies et petits tracas quotidiens comme je le fais par écrit, la question ne se poserait pas. Je vous verrais sourire, j’espère, réfléchir parfois, en tout cas, je vous verrais réagir. Par un éclat de rire, de voix ou de silence. D’un regard interrogateur, surpris, défiant ou complice. Mais une fois seulement la gêne initiale dissipée.

Car ce serait notre première rencontre.

Nous avancerions à pas comptés dans notre découverte l’un de l’autre. Première précaution: ne pas effrayer cet autre que l’on tenterait d’apprivoiser. On commencerait par un bonjour, qui se voudrait chaleureux mais pas exubérant, pour ne pas occuper de notre seule personnalité tout l’espace de la rencontre. Toute la difficulté du jeu consisterait à trouver le juste équilibre entre l’expression de soi et l’intérêt manifesté à l’autre. Qu’on s’éloigne d’un de ces deux pôles et la rencontre ne se renouvellerait pas.

Ce qui est malheureusement le cas le plus fréquent...

Parfois, bien sûr, les personnalités de chacun font que la rencontre est condamnée dès les premières secondes à rester sans suite. Dans ce cas là, c’est juste la faute des atomes qui ne pouvaient pas s’accrocher, aucun regret à avoir. Sauf si les règles de la première rencontre n’ont pas été respectées. Ces règles sont simples : être poli, souriant, à l’écoute de l’autre et participer activement à la conversation. Maintenant, évidemment, il est possible que l’autre ne les respecte pas du fait même de sa personnalité. Autrui peut très bien jurer comme un charretier, mettre les doigts dans son nez toutes les trente secondes, être né de mauvais poil ou les yeux fixés sur son nombril en devenir, avoir oublié de prendre son cerveau le matin en sortant... ou tout simplement être timide.

          D’où la nécessité de ne pas s’en tenir aux apparences, et de savoir mettre l’autre à l’aise. Cela peut passer par des choses très simples... un sourire engageant, une histoire drôle, un regard franc mais pas insistant, une anecdote personnelle qui montre à l’autre que vous aussi, vous avez vos faiblesses... Il ne faut pas non plus s’en tenir aux défauts apparents. La pire râleuse que vous ayez rencontrée pourrait fort bien se révéler avoir un cœur en or…

Alors soyez patients, attentifs et généreux. Avouez que ce serait dommage de passer à côté de l’ homme de votre vie ou de votre meilleure amie...

 

Chronique du 25/05/2001

A. Le Prince : André-Thomas, ce soir, accueillons ensemble, Nina N'Diaye, une scientifique émérite, résidant au Canada; à ce sujet nous vous en dirons plus la prochaine fois. Elle nous fait le plaisir de se joindre à notre équipe et participe ainsi à la réussite de la présente rubrique "Les Chroniques d'André-Thomas d'Aquin". Nous la connaissons déjà puisqu'elle a écrit un article, le 23 Avril 2001, à propos d'un film de Ray Ramayya "Seetha et Carole" (production canadienne) traitant de l'adoption, pour en savoir plus lisez dans la rubrique "actualités" du site d'une Association culturelle franco-indienne http://www.alpimages.com/anjali_mudra.htm.

 

André-Thomas D'Aquin : Ce film raconte l'histoire d'une journaliste canadienne voulant adopter un enfant indien, je crois...

Nous vous souhaitons la bienvenue Nina

 

Nina N'Diaye : - “Je veux, je veux, je veux!!!

 

- Oui, mais quoi? répond une voix.

 

- Eh bien... j’aimerais avoir de la volonté.

 

- Ah oui? Et pour quoi faire?

 

- VOLONTÉ! Tu ne sais pas ce que cela veut dire? Cette faculté dont chaque individu est pourvu ne serait-ce qu’à l’état de trace. Cette force qui pousse à agir, à aller droit au but quels que soient les obstacles. La première des volontés, sans laquelle rien n'est possible, c'est celle de vivre. Eh bien, j’aimerais l’avoir. Vois-tu, je ne vis pas; je subis la vie comme on subit un châtiment. Je n’ai jamais rien désiré, rien combattu. Et je ne comprends pas cette force qui anime certains êtres à toujours vouloir: vouloir vivre, vouloir être heureux, vouloir être riche, vouloir l’amour et je ne sais quoi d’autre! Pourquoi espérer des choses dont on sait qu’elles sont éphémères et dont la perte nous rendra forcément malheureux?

Sais-tu, je voudrais avant tout ne plus pouvoir me poser de questions métaphysiques! Elles me torturent, me rendent la vie impossible, incapable que je suis d’apprécier le moindre répit.”

 

Et la voix de répondre:

- “Tu as vécu toutes ces années en croyant pouvoir te suffire à toi-même. Tu n’as ni amis, ni ennemis; ni rêves, ni désillusions; ni passions, ni déplaisirs. Tu es pour moi l’anti-thèse de la vie, Ethan. Du moins, le pensais-je jusqu’à ce que j’entende ta soudaine requête. Il semble que l’étincelle vitale ait fini par allumer une flamme en toi. Tu n’as nul besoin de moi.

Maintenant que tu veux réellement, tu peux!

 

- Mais que faire? Je suis seul avec mes pensées que jamais je n’exprime puisqu’ aucune oreille n’est attentive. J’ai pour seul public, la lune, le soleil, les arbres qui peuplent cette forêt et les rivières qui y coulent. Les animaux eux-mêmes me fuient. J’ai voulu vivre seul...

 

- Oui, tu as voulu.” répète la voix en interrompant le jeune homme.

Ce dernier poursuit : “ … sans rien ni personne.”

Un long silence s’installe et soudain un murmure s’élève dans les airs, d’abord doux et ténu puis de plus en plus sonore et puissant : “c’était MA volonté!”

Ethan réalisa alors toute l’absurdité de sa requête. En fait, il n’avait jamais cessé de vouloir. Et se croyant incapable de désir, il s’était affranchi de toute possibilité de bonheur, le plus simple soit-il, en niant ce souffle de vie qui réside en lui. Renoncer à vivre par peur de souffrir, voilà ce pour quoi ses énergies se sont mobilisées toutes ces années durant.

 

“Ose, risque, entreprends et tu vivras pleinement Ethan. Volonté se décline comme Liberté. Non pas que ta volonté s’arrête là où celle d’autrui commence; elle est plutôt l’expression d’un choix sans cesse remis en cause. En somme, elle est la voix royale menant à la liberté.

 

Chronique du 01/06/2001

Audrey Repain :
Quand la douleur vous vole les mots qui apaiseraient… quand l’absence vous prive de cet autre qui rétablirait la réalité du monde… quand rien ne vous reste plus que le silence… alors parfois s’élève une petite musique qui résonne en vous comme si vous la connaissiez depuis toujours. Peut-être l’aviez-vous déjà entendue… mais l’heure de votre rencontre n’était pas encore venue. Et soudain… les mots s’offrent à vous.. ceux d’un autre, écrits il y a longtemps, profitant de la dernière étincelle de vie dans les cendres de vos tourments… Ils font sens à nouveau dans le cœur et la chair d’un vivant. Et le font renaître à lui-même…

Comme ce poème hier soir…

Je traîne après moi tant d’échecs et de mécomptes

J’ai la méchanceté d’un homme qui se noie

Toute l’amertume de la mer me remonte

Il me faut me prouver toujours je ne sais quoi

Et tant pis qui j’écrase et tant pis qui je broie

Il me faut prendre ma revanche sur la honte

 

Ne puis-je donner de la douleur Tourmenter

N’ai-je pas à mon tour le droit d’être féroce

N’ai-je pas à mon tour droit à la cruauté

Ah faire un mal pareil aux brisures de l’os

Ne puis-je avoir sur autrui ce pouvoir atroce

N’ai-je pas assez souffert assez sangloté

 

Je suis le prisonnier de choses interdites

Le fait qu’elles le soient me jette à leur marais

Toute ma liberté quand je vois ses limites

Tient à ce pas de plus qui la démontrerait

Et c’est comme à la guerre il faut que je sois prêt

D’aller où le défi de l’ennemi m’invite

 

Toute idée a pour moi besoin d‘un contre-pied

Je ne puis supporter les vérités admises

Je remets l’évidence elle-même en chantier

Je refuse midi quand il sonne à l’église

Et si j’entends en lui des paroles apprises

Je déchire mon cœur de mes mains sans pitié

 

Je ne sais plus dormir lorsque les autres dorment

Et tout ce que je pense est dans mon insomnie

Une ombre gigantesque au mur où se déforme

Le monde tel qu’il est que follement je nie

Mes rêves éveillés semblent des saint Denis

Qui la tête à la main marchent contre la norme

 

Inexorablement je porte mon passé

Ce que je fus demeure à jamais mon partage

C’est comme si les mots pensés ou prononcés

Exerçaient pour toujours un pouvoir de chantage

Qui leur donne sur moi ce terrible avantage

Que je ne puisse pas de la main les chasser

 

Cette cage des mots il faudra que j’en sorte

Et j’ai le cœur en sang d’en chercher la sortie

Ce monde blanc et noir où donc en est la porte

Je brûle à ses barreaux mes mains comme aux orties

Je bats avec mes poings ces murs qui m’ont menti

Des mots des mots autour de ma jeunesse morte

 

Aragon, Le roman inachevé,

Paris, Ed. Gallimard, coll. Poésie, 2ème trim.1966.

 

 

 

Roorolroots

(Percussions)

 

La conception musicale de la formation associe des standards de la percussion africaine à des compositions issues d'autres inspirations: indienne, latine ou européenne. Le répertoire fait de recherches et de jeux à l'unisson, invite autant à la danse qu'à l'écoute. Il caractérise un métissage intéressant entre les racines populaires et ancestrales du genre.

 

 

 

contact@alpimages.com

 

Chronique du 30/07/2001

A. Le Prince : Nous avons reçu une carte d'André-Thomas d'Aquin qui souhaite de très bonnes vacances à tous nos lecteurs et internautes; il sera à nouveau parmi nous à la rentrée de septembre.

Aujourd'hui, dans une sémantique de Trinité, je vous invite à découvrir le Trinôme caché dans le Triptyque de la talentueuse Nina N'Diaye.

 

 

 

Palabres :

Au commencement était la parole. Rayonnant de toute sa splendeur, elle réinvente, depuis la nuit des temps, passé, présent et futur. Originale et créatrice, elle nous dévoile les mondes tantôt merveilleux, tantôt effrayants peuplant l’imaginaire d’esprits débridés. Lapidaire et laconique, elle peut alors détruire individu, réputation et honneur. Elle devient une arme redoutable dans la bouche de ceux qui, savamment, la manient pour déverser le fiel de leur infamie.

Volubile et agile, le verbe anime le discours d’une énergie nouvelle, essentielle à toute action. Epithètes, noms communs, verbes, adverbes et locutions sont les notes d’une partition sans cesse réinventée selon le talent de chacun. Rien n’échappe à l’extraordinaire avidité de la parole qui pare toute chose, concrète ou abstraite, réelle ou fictive, nécessaire ou futile, d’un statut propre dès qu’elle la nomme. Bribes de phrases murmurées, cris de colère ou d’angoisse, exclamations, rires ou sourires, même les silences teintent chaque propos d’une sonorité expressive et ajoutent à la musicalité de l’intonation et de la phonétique. Entendre l’inexprimé par-delà les mots, s’en imprégner, le faire sien pour ensuite le révéler au monde sensible, cela est l’œuvre d’un magicien habile et ingénieux qui, tel l’artiste, se fait l’écho d’un univers insaisissable et incompréhensible des néophytes.

Puissants évocateurs d’images, d’odeurs et de sons enchanteurs ou horrifiants, les mots, si fugaces soient-ils, touchent l’âme humaine, impressionnent les esprits de manière aussi indélébile que l’encre marque le papier. Ainsi sont-ils le véhicule de la pensée, de l’émotion qui habitent chaque être, l’expression vivante de la culture d’un peuple. L’oralité, née du chant du griot, fait vibrer le récit du conteur de mille accents tragiques et glorieux imprimant la mémoire collective du sceau immuable des traditions. Arbre à palabres, silencieux témoin d’innombrables conflits, quels lourds secrets livres-tu aux oreilles attentives de quelques curieux? Bruissements de feuilles et craquements de branches sont les seules réponses audibles à vrai dire. Remplis de sens pour certains, simples frémissements de la nature pour d’autres, ces sons harmonieux inspirent les raconteurs du passé qui enrichissent de leur verve intarissable légendes et croyances populaires. Eternelle et vivace, si universelle et particulière à la fois, la parole continuera d’émouvoir le coeur des hommes à travers les âges.

 

Nina N'Diaye

 

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