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A. Le Prince : "Dites-nous André-Thomas, vous avez rencontré une mère de famille exemplaire, un certain soir, qui adore son métier et surtout sa famille ?" André-Thomas D'Aquin : "Effectivement, j'avais commandé un taxi un soir et j'ai eu une agréable surprise, j'ai conversé avec une femme, chauffeur de TAXI Parisien, Chris de son prénom, qui avait déjà décoré sa voiture dans le ton des très proches fêtes de Noël... si vous la rencontrez adressez lui mon bon souvenir... et retenez ceci : elle vous souhaitera toujours avant de vous quitter, de passer une bonne et douce nuit !"
A. Le Prince : "Un jour André-Thomas D'Aquin nous a présenté un des ses manuscrits, 'SAPIENCE', regroupant des nouvelles, nous vous avons choisi celle du "vendredi 29 août 1997", nous vous rappelons l'interdiction absolue de procéder à sa copie, quelle qu'en soit sa forme, droits d'auteur obligent : C'est parfois risible que de dire "l'être humain", car "l'humain" ne sait pas "être" mais tout bonnement il redouble de vivacité pour "paraître", s'y acharne jusqu'à y perdre son âme, alors qu'il est tellement plus simple d'être. Il y a de quoi en perdre son latin, n'est-ce pas ? Mais que voulez-vous dire au juste, me direz-vous ? Ouvrez vos yeux, vos oreilles, votre cœur et surtout votre esprit critique, car vous en avez la capacité, madame, mademoiselle, monsieur, que vous soyez blanc, noir, rouge ou jaune, que vous soyez riche ou pauvre - je l'entends à tous les sens du terme -, regardez autour de vous, respirer, humer l'atmosphère qui vous entoure et vous commencerez à comprendre la teneur de mes propos, du moins une partie de son essence. D'Occident en Orient, et de tout temps, l'homme dans la rue, sera apprécié, déprécié, selon qu'il porte tel ou tel attribut social, vestimentaire, voire parfois même ethnique, jugé et catalogué. Ces jugements de valeurs sont issus d'une minorité qui s'accroît à vive allure pour devenir une majorité statuant et confortant ces attitudes, que je qualifierais d'irraisonnées. Bien d'autres abonderont dans mon sens. L'humain est pourtant doué d'intelligence, mais ne met pas souvent à profit cette qualité intrinsèque. Oui il est très adroit quand il s'agit de défendre ses intérêts, quelques fois ceux de son prochain, mais parfois voulant se surpasser, il finit par vouloir dominer et ainsi entrer dans des guerres cycliques. La culture entre autres quelque soit le domaine auquel elle se réfère permet de répondre à des schèmes moins belligérants, de découvrir l'autre et d'échanger avec lui certaines entités philosophiques, et en étant plus terre à terre, certains modes de vie. L'échange, voilà un des chaînons de la vie sur terre, il permet aux hommes de progresser et de rechercher l'essence même de leurs buts, parfois les plus intimes, de s'entraider dans certains combats dont vous comprenez la sémantique ici utilisée. A l'instant je pense aux fêtes de village, que l'on pouvais jadis rencontrer dans certaines campagnes françaises, il en existe encore, elles réapparaissent à nouveau, par on ne sait quel évènement, ou force, je m'en remets aux ethnologues, sociologues et autres psychologues. On y rencontre une joie de vivre, surtout lorsqu' on a fait preuve d'une prouesse extraordinaire à décrocher un saucisson ou quelque jambonneau au sommet d'un mât de cocagne, graissé ou huilé; on y rencontre quelquefois dans certains rituels, une violence parfois extrême mais qui est, celle-ci, canalisée par une force intelligente, la cohésion d'un groupe qui sait se faire et se défaire du jour au lendemain, un groupe dont les membres agissent dans le respect et l'écoute. L'homme malgré ses différences, ses défauts, à toujours su aller de l'avant, et tout cela grâce au fait qu'il sait s'associer, pour illustrer ceci j'ai en tête cet adage : "les grecs et les latins sont à l'Occident ce que les indiens et les chinois sont à l'Orient". On ne peut plus clair. André-Thomas D'Aquin A. Le Prince : "André-Thomas, je vous invite à allumer votre télévision le samedi 18 décembre 1999 à 22.20, sur la chaîne ARTE, et vous pourrez nous apporter un œil critique sur Tezkar, un pacte de mémoire en Éthiopie un film de Makeda Ketcham" André-Thomas D'Aquin : "Je n'y manquerai pas cher ami, rendez-vous donc après le 18, j'ai eu par ailleurs un avant goût dans votre rubrique Cinéma/Télévision"
A. Le Prince : "Toute l'équipe d' alpimages.com et moi-même, vous adressons, nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2000 qui sera bientôt pour certains l'année du dragon. André-Thomas, qu'allons nous aborder aujourd'hui? André-Thomas D'Aquin : "Meilleurs vœux également à tous les internautes. Tezkar, un pacte de mémoire en Éthiopie voilà une autre approche de l' Éthiopie, son auteur, Makeda KETCHAM a du talent, je lui souhaite bonne continuation dans son art. En voyant son film, je me suis souvenu d'un de mes périples dans ce pays, et également d'un livre recueillant toute la correspondance depuis l' Éthiopie qu' entretenait un certain Henry de Monfreid avec son père Daniel de Monfreid (ami de GAUGUIN)" A. Le Prince : "Le retour d'André-Thomas, se fait aujourd'hui, à la suite d'un périple de 9 mois, toute l'équipe vous souhaite donc la bienvenue, alors racontez-nous vos observations, vos rencontres... André-Thomas" André-Thomas D'Aquin : "Merci à vous, (...), merci à votre soeur et à tout le reste de l'équipe. Je reviens en effet d'Italie, BOLOGNA, RAVENA, où j'ai rencontré des italiens accueillants et italiennes ravissantes et pleines d'esprit. Si vous faites escale à Bologna, réservez une table au "Donatello", et vous savourerez un coktail de pâtes fraiches, et à Ravena commandez du poisson au "Gloria", vous ne devriez pas être déçus." Chronique du 10/06/2000 A. Le Prince : "André-Thomas, un jour vous m'avez dit avoir fait un voyage virtuel, et fait des rencontres plutôt inattendues, avez-vous eu une initiation auprès des chamans ?..." André-Thomas D'Aquin : "Non non, rien de cela, je vous en dirais plus, j'ai découvert par un média la possibilité de transmettre des pensées, des attentions, des questionnements, il s'agit d'internet, du dialogue en direct, et figurez-vous qu'il existe sur ce réseau des personnes douées de sensibilité, qui ont une soif de connaissances, des envies de donner pour donner..."
André-Thomas D'Aquin : "...des envies de donner pour donner... mais aussi de recevoir et surtout de prendre, sans retenue aucune, sans dogme établi, sans aucune grâce, je veux dire par là qu'il vous faut faire parfois très attention, car des personnes peu scrupuleuses, parcourent également ces milieux, vous feront miroiter de douces illusions, vous feront des promesses, et vous tromperont en passant par de la flagornerie. Je fais en partie allusion à des sites pornographiques, mettant en scène des mineurs, mais également à certains forums de rencontres, où se trouvent parfois certaines exactions touchant au proxénétisme, à la vente aux enchères de certains objets émanant d'un passé bafouant les valeurs culturelles et ethniques." A. Le Prince : "André-Thomas, je vois très bien ce que vous voulez dire, fort heureusement des instances spécialisées luttent contre ces pratiques et vont jusqu'à des condamnations, assurant et rétablissant ainsi les codes de déontologie. Il faudra également mieux protéger nos enfants qui arrivent de plus en plus jeunes sur ces nouveaux médias qui restent néanmoins un moyen de culture des plus riches et des plus abordables. Ces dites instances travaillent en permanence pour que l'ordre règne et pour que de nouveaux modes de sécurité soient éprouvés. Revenons à vos projets en cours André-Thomas, nous vous retrouvons bientôt pour votre nouvel ouvrage faisant suite à 'SAPIENCE' dont le titre somme toute déroutant est encore gardé secret... affaire à suivre donc." A. Le Prince : "Bonjour à vous André-Thomas, qu’allons nous aborder aujourd’hui ? Mais avant tout, suite à une pléthore de courriers électroniques, beaucoup aimeraient lire d’autres extraits de votre ouvrage 'SAPIENCE', sitôt dit sitôt fait, voici la 'Nouvelle du mardi 2 septembre 1997' ": Comment finalement se dire que telle ou telle institution, administration, voire entreprise de services puisse réellement fournir un accueil de qualité, soyons modestes et moins exigeants, un accueil qui sans atteindre la perfection puisse apporter ou demandeur lambda une satisfaction minimale. Nous rencontrons malheureusement des situations où certaines personnes ne trouvent pas la réponse qu’elles recherchent. Soit parce qu’elles ne pratiquent pas la langue locale de façon basique, soit parce qu’elles n’arrivent pas à transmettre leur message, le fond de leur pensée, soit parce qu’elles ont en face d’elles des personnes qui répondent aux mêmes critères, j’en doute pour le premier postulat. En d’autres termes, on semble les ignorer, les ridiculiser, les flagorner… mais qu’ont-elles fait, rien mais elles n’appartiennent pas à la norme locale ou du moment. Plaçons notre attention à ce que nous faisons et disons, car nos actes, nos paroles, nos écrits, nos gestes peuvent être interprétés d’une façon totalement différente de celle qu’on escomptait. Même ce que j’écris en ce moment, ce que je dis, sera interprété, sera déformé, parce que je n’utilise pas les mêmes champs lexicaux de mon lecteur, de mon interlocuteur, j’en prends conscience et je m’efforce toujours de formuler en d’autres termes. La linguistique devient alors passionnante, ainsi que l’étymologie latine, grecque, sanskrite… André-Thomas D'Aquin André-Thomas D'Aquin : "Votre choix est bienvenu pour les sujets que je souhaite aborder aujourd’hui, en effet l’étymologie, l’origine des sens, l’étude entre autres de l’obélisque de Philae par un illustre figeacois, la phonétique, " Les Religions africaines au Brésil, 1960 " écrit par un sociologue français d’origine nîmoise, dont vous avez d’ailleurs rencontré à Montpellier, sa fille Suzanne. Anand, je me permets de mettre à jour la signification du patronyme "Rattinasamy" d’un de vos aïeux, le premier qui opta jadis pour votre actuel nom de famille, pour lui et sa descendance, renonçant ainsi à sa caste KSHATRIYA. "Samy" signifiant "le seigneur", "Rattinam" signifiant "pierres précieuses" et notamment "rubis", ainsi nous pouvons connaître l’origine de chaque personne, par son patronyme, par sa culture, à condition que la mémoire ait été préservée et que les transcriptions aient été fidèles dans les moindres détails. J’aborde ainsi les notions de transmission d’un message, d’un savoir ou d’une culture, dans les domaines aussi vastes et riches que la linguistique, l’ethnologie…" A. Le Prince : "Nos internautes voient sans mal que vous faites référence à l’égyptologue français Jean-François CHAMPOLLION et la "pierre de Rosette", au sociologue français Roger BASTIDE (je connais effectivement Madame Suzanne BASTIDE, sa fille, qui avait fait ses classes dans la danse sous l’enseignement de Maurice BEJART). Citons alors, puisque que vous avez parlé de Brésil, l’anthropologue français natif de Bruxelles, auteur de 'Tristes Tropiques' (1955) et de 'Race et histoire' (1960). A bientôt André-Thomas pour d’autres citations d’auteurs, d’écrits, de pensées… afin de mettre toujours en éveil nos sens et notre soif de connaissances, nous amenant ainsi à lire et relire des ouvrages intéressants par leur pertinence."
A. Le Prince : Bonjour André-Thomas, dans très précisément 12 jours, pour certaines obédiences, des personnes vont veiller jusqu’au jour de Noël. André-Thomas
d’Aquin : En effet, et pour la circonstance, je vais vous
citer trois artistes d’une tessiture totalement différente, l’une
de l’autre, et d’un registre également différent. -
Annie Laurens, interprétant deux « Ave Maria », l’une de
GOUNOD et l’autre de SCHUBERT, est accompagnée par le Collegium Musicum
de Paris sous la Direction de Roland DOUATTE (Merci à Vogue Productions
pour cet enregistrement en série Médium) -
Mahalia JACKSON pour « Upper in the Room » a été enregistrée
par Guardia Ind. Records, Double disque d’Or réédité par Vogue La
Société Française. -
Jacqueline FARREYROL, d’une Ile qui fût jadis l’Ile BOURBON, chante
« Noël à la Réunion », extrait de l’album « TRI LA
RITRON », Grand Prix du Disque Académie Charles Cros, aux Editions
musicales AUVIDIS. Ce
choix est dédié à une personne mystérieuse qui avait, un jour beaucoup
compté pour vous, tournant alors la page vous effacez ainsi de nombreux
doutes. A. Le Prince : On ne peut rien vous cacher André-Thomas, et c'est dans le silence que que j'ai retrouvé la paix et la sérénité. Il est vrai aussi que la connaître davantage aurait été appréciable, un silence que j'ai donc respecté. Tout
cela m'amène à vous faire part, moi aussi, de références littéraires,
trois livres à apprécier et pourquoi pas à offrir le jour de Noël : -
L’enfant oublié ou les folies génétiques de Jean-François Mattei aux
Editions Albin Michel -
Les Défricheurs d’Eternité de Claude Michelet aux Editions Robert
Laffont - Chacun cherche son ange d’Anselm Grün également aux Editions Albin Michel, bonne lecture et douce écoute.
Chronique du 01/01/2001 A. Le Prince : Toute l'équipe d' ALP Images & Conseil vous adresse ses meilleurs voeux pour ce nouveau millénaire. André-Thomas D'Aquin : Je me joins à vous pour prodiguer les mêmes attentions à tous vos lecteurs. A. Le Prince : Toute l'équipe d' ALP Images & Conseil souhaite un bon anniversaire à Ponette SARDE. "(...) l'homme vertueux n'atteint à la perfection morale qu'en l'élan gratuit qui le livre tout entier au Bien, en tendant constamment vers Lui tous ses pouvoirs d'agir par une continuelle oblation de son être le plus intime. La valeur absolue de son acte, en effet, réside justement dans le fait qu'il se donne lui-même, sans réserve, en laissant l'Autre divin s'exprimer en lui, comme le marbre, sous le ciseau de Michel-Ange, n'est plus que le frémissement de la Beauté. C'est en cette sorte d'investiture diaphane, où s'atteste une étreinte divine, que toute vertu authentique obtient son statut d'éternité et devient une source universelle de lumière et de joie."
Extrait de L'homme passe l'homme de Maurice Zundel (Éditions LA COLOMBE)
A. Le Prince : André-Thomas, aujourd'hui, je vous présente une nouvelle venue dans les "Chroniques d'André-Thomas d'Aquin"; elle nous apportera un autre regard et sa touche féminine, ensemble, accueillons Audrey Repain. André-Thomas D'Aquin : Bienvenue à vous Audrey Audrey
Repain :
C'est parti... Le voilà le problème. Choisir. Être libre. J'aurais encore préféré être obligée de parler des conséquences de l'urine de chien sur les voies ferrées plutôt que d'être livrée à moi-même face à cette liberté offerte comme un cadeau empoisonné... Comment décider du but de ma mission..? Pourquoi choisir un sujet et pas cet autre qui m'intéresse tout autant? Paradoxalement, exercer ma liberté me donne l'impression d'y mettre une barrière... la liberté s'arrêterait-elle à l'endroit où on lui permet de commencer...? Même si par définition, la liberté n'existe que parce que les barrières sont là, je ne crois pas... en fait, je souffre d'un mal dont beaucoup souffriraient si on leur offrait à eux aussi la liberté sur un plateau d'argent... je suis l'animal sauvage auquel on rend la liberté après toute une vie de captivité... je suis l'animal incapable de quitter la cage qui est devenue son unique terrain d'expression... l'animal terrifié à l'idée de devoir choisir lui-même où il ira... mort de faim parce qu'ignorant comment se nourrir seul... Voilà ce à quoi je suis réduite. Toute notre vie, on nous dit quoi manger, quoi
penser..." les fibres, c'est bon pour la santé... Flaubert est un grand
auteur... la gourmandise est un vilain défaut... il ne faut pas dessiner sur
les murs, il y a du papier pour ça...", et nous, on entend, on écoute,
on retient bien sagement... on rentre dans la cage. Pourtant, ça peut être
beau les dessins sur les murs... qui aurait l'idée de dire aujourd'hui à
Michel-Ange qu'il ne faut pas peindre sur le plafond de la chapelle Sixtine???
Si des tas de touristes prennent le risque de se faire un torticolis en
admirant ses fresques, c'est parce qu'on lui a donné le droit de s'exprimer
artistiquement sur un enduit... parce qu'on l'a encouragé à faire ce pour
quoi il avait un talent naturel. Aujourd'hui, un gamin qui voudrait écrire
devrait prendre ce droit lui-même, sous peine d'être obligé de passer sa
jeunesse à disserter sur Je veux qu'un jour, quelqu'un dise "Ah tiens, ça me fait penser à ce qu'Audrey Repain a dit!"... je ne garantis pas que le nom de famille restera le même, mais je suis certaine d'une chose... le jour où le Boss m'a donné carte blanche, il ne se doutait pas de ce que ces simples mots me feraient écrire...
André-Thomas D'Aquin : Bonsoir Audrey, de nombreux internautes vous ont souhaité aussi la bienvenue et attendent avec impatience vos nouvelles anecdotes de la vie. Une nous a dit à propos de la chronique précédente: "Cela m'a beaucoup rappelé mes cours de philo...", un autre: "...une personne douée d'humour et de raison..." alors ce soir, Audrey, racontez-nous... Audrey
Repain : ...sujet de
la semaine dernière: la liberté. Liberté de créer, liberté
"Mademoiselle
Repain! euh... Bonjour... euh... Je venais pour relever le compteur
d'eau!", s'exclame-t-elle en guise de salutations... Il va sans dire que
sur le moment, j'étais bien incapable de répondre quoi que ce soit, surprise
que j'étais de ne pas me trouver face à un malfrat tout de noir vêtu. Oui,
je sais... quel aurait été l'intérêt de s'habiller en noir alors qu'il
faisait encore jour?? Je n'en sais fichtre rien, mais au moins, ça aurait
collé avec l'image qu'on se fait d'une personne qui essaie de rentrer chez
vous sans y être invitée! Au lieu de ça, je me retrouvais devant une Mme B.
aussi rouge que ses cheveux... bredouillant de vagues explications dont je ne
me souviens même plus, auxquelles j'ai répondu tout aussi vaguement... Cette
scène, quand j'y repense, il me semble l'avoir vécue dans une sorte de
coton... En
fait, cette impression de brouillard, je ne l'ai eue qu'une fois dans ma
vie... en échappant de justesse à un accident de voiture qui aurait pu nous
être fatal à ma mère et à moi... ma mère était au volant à ce moment-là,
j'étais à côté d'elle, et pendant qu'elle faisait tout son possible pour
éviter la fourgonnette qui venait droit sur nous, je ne pensais à rien... ne
voyais rien... n'entendais plus rien. Plus rien d'autre n'existait que nous,
jamais nous n'avions ressenti à ce point ce que c'était que de vivre. Quand
Mme B. a essayé de rentrer chez moi pensant que je n'y étais pas... j'ai
pris conscience de tout ce que signifiait l'expression "chez soi".
En essayant de franchir une barrière que je croyais sûre, celle de la
serrure de ma porte d'entrée, en s'autorisant à posséder le double de mes
clés et à s'en servir, elle a violé mon intimité. Elle a détruit ce
sentiment de sécurité que tout le monde souhaite avoir. Ce sentiment d'être
dans un endroit tellement proche de soi, de ce qu'on est réellement, que rien
de dangereux ou de douloureux ne pourrait nous y atteindre... un endroit où
l'on peut s'exprimer sans crainte du regard d'autrui... J'ai toujours adoré
chanter, mais pour moi, quand je suis seule. Non que je chante mal, il n'y a
aucun problème de ce côté-là, mais parce que j'ai le sentiment de me
mettre à nu quand je chante. Celui ou celle qui me verrait chanter quand je
suis seule saurait tout de moi d'un seul regard. Et cette perspective me
terrifie. Alors le jour où soudainement, alors que je chantais à pleins
poumons toute seule dans ma chambre, je me suis retournée pour me trouver nez
à nez avec mes parents, mes frères et ma soeur qui me contemplaient dans mes
oeuvres depuis cinq minutes, je suis morte de honte sur le coup. Pas parce que
j'avais le sentiment d'être ridicule. Mais parce que j'avais l'impression
qu'ils m'avaient volé des choses qui n'appartenaient qu'à moi. Et c'est ce
que Mme B. a failli faire. Ce
Jeudi 12 Avril, sur le moment, je n'ai pas réagi. J'aurais pu faire remarquer
à Mme B. qu'elle n'avait pas le droit de rentrer chez moi sans mon
autorisation, ni celui de posséder un double de mes clés, qu'il lui aurait
suffi de me laisser un mot à propos du relevé de compteur... mais d'une Quant au fait que la cerise sur pattes pourrait décider de remettre son nez là où il ne faut pas... le soir même, j'ai sonné à sa porte pour lui remettre en mains propres le relevé de compteur. J'ai entendu des bruits de pas chez elle, son chien a aboyé... mais personne n'a ouvert. Eh oui... le "chez soi" est aussi parfois la tranchée où l'on se retire pour échapper à l'éclatante réalité de ses méfaits. "Une vieille légende hindoue raconte qu’il fut un temps où
tous les hommes étaient des dieux. Comme ils abusèrent de ce pouvoir, Brahma,
le maître des dieux, décida de le leur retirer et de le cacher dans un endroit
où il leur serait impossible de le retrouver. Oui, mais où?
Brahma convoqua en conseil les dieux mineurs pour résoudre ce problème.
- Enterrons la divinité de
l’homme, proposèrent-ils.
Mais Brahma répondit:
- Cela ne suffit pas, car
l’homme creusera et trouvera.
Les dieux répliquèrent:
- Dans ce cas, cachons-la
tout au fond des océans.
Mais Brahma répondit:
- Non, car tôt ou tard
l’homme explorera les profondeurs de l’océan. Il finira par la trouver et
la remontera à la surface.
Alors les dieux dirent:
- Nous ne savons pas où la
cacher, car il ne semble pas exister sur terre ou sous la mer d’endroit que
l’homme ne puisse atteindre un jour.
Mais Brahma répondit:
- Voici ce que nous ferons
de la divinité de l’homme: nous la cacherons au plus profond de lui-même,
car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher.
Et depuis ce temps-la, conclut la légende, l’homme explore, escalade, plonge et creuse, à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui."
Audrey Repain : C'était par une journée d'avril, froide et pluvieuse à souhait... le genre de journée qui vous donne envie de rester chez vous, bien tranquille, au chaud, loin de tout ce qui pourrait ressembler à une flaque d'eau... Seulement voilà, je n'avais pas le choix. Il fallait que je sorte, que j'affronte la mauvaise humeur qui dégorgeait des impers et stagnait au ras du bitume. La date fatidique approchait. Partout on hissait les drapeaux en préparation du grand jour... les agences de voyage vantaient à grand renfort d'affiches les destinations ensoleillées qui semblaient seules susceptibles de remettre un peu de baume au coeur des masses laborieuses, désespérées face au week-end de quatre jours qui s'annonçait pris d'assaut par les cumulus... le mois de mai n'allait pas être joli du tout... Exception faite du jour qui allait couronner ma soeurette de ses vingt-trois printemps.
Eh oui... la futée a bien choisi son jour! En naissant un huit mai, elle se prenait à vie un congé pour souffler des bougies et ouvrir des cadeaux. Encore faut-il qu'il y ait des cadeaux. C'est justement ce qui m'obligeait à quitter mon petit nid douillet ce jour-là.
Alors
je me suis armée de courage, j'ai regardé mon parapluie en le narguant une
fois de plus (j'ai horreur de m'encombrer d'un parapluie... je le réserve pour
le prochain déluge ou un rendez-vous chez le coiffeur, deux faits tout aussi
hautement improbables... pourquoi donc ai-je un parapluie? Hum... bonne
question sur laquelle je promets de me pencher...), et je suis sortie. Une
fois sortie, je me suis vite rendu compte que l'écologisme n'a pas que du
bon... sauf si on sort toujours avec son parapluie. Ben oui... qui dit magasin
écolo dit sac en papier... et sac en papier + pluie = bouillie infâme dont le
colorant déteint sur vos vêtements et vos mains. J'étais
en train de me débattre avec ce porridge écolo-décalco-commercial supposé
contenir cet énorme paquet cadeau et non remplir mes mains... quand soudain je
l'ai vue. Flaque géante mue par je ne sais quel esprit malin. Cheveux collés au visage par les trombes d'eau. Plongeant son regard hystérique dans le mien, y vissant ses pupilles comme on arrime un missile à sa cible. J'étais repérée. Il était trop tard... je pouvais faire l'insouciante, celle qui n'avait rien vu, regarder le ciel en sifflotant, détourner la tête pour regarder la vitrine de l'autre côté de la rue, accélérer le pas pour rattraper un pseudo-retard à ce rendez-vous capital que je venais d'imaginer, essayer soudain d'une main hésitante de replacer en arrière les mèches de cheveux ébouriffées par le vent pour éradiquer de mon champ de vision cette autochtone "trottoiresque"... rien n'y ferait. Elle se dirigeait vers moi. Tout son être tendait vers la proie que j'étais devenue. Telle un félin, elle s'avançait. Elle savait que je l'avais vue, mais faisait comme si de rien n'était, attendant le moment fatidique où je serais à sa merci... dans un dernier soubresaut, je songeais à changer de trottoir. Peine perdue. Là-bas déjà, ses congénères dépeçaient les habitudes d'un malheureux consommateur qui n'avait su éviter l'embuscade. J'étais coincée entre Charybde et Scylla. Très bien. J'allais affronter l'ennemie. Suivre ma course de piétonne de moins de cinquante ans sans dévier d'un millimètre.
MONTJOIE!!! Le choc fut quasi frontal. La bouillie rose de l'immonde sac écolo en amortit la violence, laissant au passage quelques sanglantes traînées de papier mâché sur le pardessus détrempé de l'anémone de trottoir. J'évitais de justesse le coin d'un bloc notes format XXXXL qui menaçait de s'encastrer dans mon ventre, esquivais la pointe d'un stylo bille rageusement lancé vers ma joue. La témérité fut payante, le mollusque goudronneux neutralisé. A peine eut-il le temps de me lancer un vague "Vous auriez deux minutes? C'est pour un sondage..." que je reprenais ma trajectoire.
Pourquoi fuir ainsi me direz-vous? Pourquoi ne pas avoir eu pitié de cette pauvre fille qui visiblement essayait comme elle pouvait de gagner de quoi financer ses études? Quand on y pense, j'aurais pu être à sa place, je sais bien.
Seulement
voilà... ... leurs deux minutes en signifient généralement trente, passées dans un petit bureau à l'air climatisé irrespirable, sur une chaise inconfortable, face à des plantes vertes qui n'ont de naturel que le plastique qui a servi à les fabriquer...
... leur sondage ressemble à une mise en boîte systématisée, et s'il y a bien une chose qui m'énerve, c'est d'être réduite à une simple étiquette du genre "ménagère de moins de 50 ans", "célibataire en milieu urbain", ou "coeur de cible" pour un quelconque produit...
... si d'aventure, j'acceptais de répondre à leur questionnaire, je sais que ma sincérité ne tiendrait que quelques secondes... à une question du genre "Vous arrive-t-il d'acheter ce produit? si oui, à quelle fréquence? Et pour quelles raisons?", je m'empresserais de répondre non, même si c'est faux, rien que pour hâter l'heure de ma délivrance...
... je sais pertinemment que dans 99% des cas, je me trouverais interrogée sur un produit du genre liquide vaisselle, magazine féminin, mascara ultra recourbant, tampax super absorbant... comme si ma condition féminine m'interdisait tout intérêt pour une voiture, un outil de jardinage ou un caleçon (surtout quand on sait que la plupart du temps, ces messieurs nous font confiance pour l'achat de leurs sous-vêtements...). Halte au sexisme!!!
... si je réponds à l'un, pourquoi ne pas répondre à l'autre? Eh oui, quand un sondeur se jette sur vous, il y a fort à parier que tous ses collègues ont reçu le matin la même feuille que lui... celle où s'étale dans toute sa splendeur votre portrait-robot. Dans ces conditions, céder à l'un, c'est ouvrir la porte à une marée humaine... il faut les comprendre, c'est tellement dur de trouver une bonne âme sur leur petit bout de trottoir que dès que le miracle se produit, ils se jettent sur elle dans l'espoir de profiter de la manne divine. Et là, désolée, c'en serait trop pour moi... parce que leurs deux pseudo-minutes multipliées par trente... je vous laisse faire le calcul, mais le résultat vaudrait de toute façon une panne générale de mon système nerveux central.
Voilà, pour toutes ces raisons, je fuis les enquêteurs squatters de trottoirs... même si, je l'avoue, je me sens parfois honteuse de ne pas offrir ces deux petites minutes. Tellement honteuse qu'il m'arrive de penser : "Allez, la prochaine fois, tu répondras oui au lieu de partir comme si tu n'avais rien entendu!"
Alors,
c'est décidé, j'en fais la promesse solennelle : le jour où je me ferai à
nouveau aborder par un enquêteur, j'obtempérerai sans fuir ni résister...
seulement s'il ne pleut pas!
Audrey
Repain : Voilà
maintenant presque deux mois que nous avons fait connaissance par l’intermédiaire
de ces chroniques... enfin, que vous avez fait ma connaissance. Parce que pour
ma part, je ne sais absolument rien de vous qui me lisez, si ce n’est que vous
existez. Etrange relation que celle-là... je m’exprime et je ne sais même
pas quel effet mes propos ont sur vous. Si vous étiez face à moi aujourd’hui
et que je vous racontais mes joies et petits tracas quotidiens comme je le fais
par écrit, la question ne se poserait pas. Je vous verrais sourire, j’espère,
réfléchir parfois, en tout cas, je vous verrais réagir. Par un éclat de
rire, de voix ou de silence. D’un regard interrogateur, surpris, défiant ou
complice. Mais une fois seulement la gêne initiale dissipée. Car ce serait notre première rencontre. Nous
avancerions à pas comptés dans notre découverte l’un de l’autre. Première
précaution: ne pas effrayer cet autre que l’on tenterait d’apprivoiser. On
commencerait par un bonjour, qui se voudrait chaleureux mais pas exubérant,
pour ne pas occuper de notre seule personnalité tout l’espace de la
rencontre. Toute la difficulté du jeu consisterait à trouver le juste équilibre
entre l’expression de soi et l’intérêt manifesté à l’autre. Qu’on
s’éloigne d’un de ces deux pôles et la rencontre ne se renouvellerait pas. Ce qui est malheureusement le cas le plus fréquent... Parfois,
bien sûr, les personnalités de chacun font que la rencontre est condamnée dès
les premières secondes à rester sans suite. Dans ce cas là, c’est juste la
faute des atomes qui ne pouvaient pas s’accrocher, aucun regret à avoir. Sauf
si les règles de la première rencontre n’ont pas été respectées. Ces règles
sont simples : être poli, souriant, à l’écoute de l’autre et
participer activement à la conversation. Maintenant, évidemment, il est
possible que l’autre ne les respecte pas du fait même de sa personnalité.
Autrui peut très bien jurer comme un charretier, mettre les doigts dans son nez
toutes les trente secondes, être né de mauvais poil ou les yeux fixés sur son
nombril en devenir, avoir oublié de prendre son cerveau le matin en sortant...
ou tout simplement être timide.
D’où la nécessité de ne pas s’en tenir
aux apparences, et de savoir mettre l’autre à l’aise. Cela peut passer par
des choses très simples... un sourire engageant, une histoire drôle, un regard
franc mais pas insistant, une anecdote personnelle qui montre à l’autre que
vous aussi, vous avez vos faiblesses... Il ne faut pas non plus s’en tenir aux
défauts apparents. La pire râleuse que vous ayez rencontrée pourrait fort
bien se révéler avoir un cœur en or… Alors soyez patients, attentifs et généreux. Avouez que ce serait dommage de passer à côté de l’ homme de votre vie ou de votre meilleure amie...
A. Le Prince : André-Thomas, ce soir, accueillons ensemble, Nina N'Diaye, une scientifique émérite, résidant au Canada; à ce sujet nous vous en dirons plus la prochaine fois. Elle nous fait le plaisir de se joindre à notre équipe et participe ainsi à la réussite de la présente rubrique "Les Chroniques d'André-Thomas d'Aquin". Nous la connaissons déjà puisqu'elle a écrit un article, le 23 Avril 2001, à propos d'un film de Ray Ramayya "Seetha et Carole" (production canadienne) traitant de l'adoption, pour en savoir plus lisez dans la rubrique "actualités" du site d'une Association culturelle franco-indienne http://www.alpimages.com/anjali_mudra.htm.
André-Thomas D'Aquin : Ce film raconte l'histoire d'une journaliste canadienne voulant adopter un enfant indien, je crois... Nous vous souhaitons la bienvenue Nina
Nina N'Diaye : - “Je veux, je veux, je veux!!!
- Oui, mais quoi? répond une voix.
-
Eh bien... j’aimerais avoir de la volonté.
-
Ah
oui? Et pour quoi faire?
-
VOLONTÉ! Tu ne sais pas ce que cela veut dire? Cette faculté dont
chaque individu est pourvu ne serait-ce qu’à l’état de trace. Cette force
qui pousse à agir, à aller droit au but quels que soient les obstacles. La
première des volontés, sans laquelle rien n'est possible, c'est celle de vivre. Eh bien, j’aimerais l’avoir.
Vois-tu, je ne vis pas; je subis la vie comme on subit un châtiment. Je n’ai
jamais rien désiré, rien combattu. Et je ne comprends pas cette force qui
anime certains êtres à toujours vouloir: vouloir vivre, vouloir être heureux,
vouloir être riche, vouloir l’amour et je ne sais quoi d’autre! Pourquoi
espérer des choses dont on sait qu’elles sont éphémères et dont la perte
nous rendra forcément malheureux? Sais-tu,
je voudrais avant tout ne plus pouvoir me poser de questions métaphysiques!
Elles me torturent, me rendent la vie impossible, incapable que je suis d’apprécier
le moindre répit.”
Et
la voix de répondre: - “Tu as vécu toutes ces années en croyant pouvoir te suffire à toi-même. Tu n’as ni amis, ni ennemis; ni rêves, ni désillusions; ni passions, ni déplaisirs. Tu es pour moi l’anti-thèse de la vie, Ethan. Du moins, le pensais-je jusqu’à ce que j’entende ta soudaine requête. Il semble que l’étincelle vitale ait fini par allumer une flamme en toi. Tu n’as nul besoin de moi. Maintenant que tu veux réellement, tu peux!
- Mais que faire? Je suis seul avec mes pensées que jamais je n’exprime puisqu’ aucune oreille n’est attentive. J’ai pour seul public, la lune, le soleil, les arbres qui peuplent cette forêt et les rivières qui y coulent. Les animaux eux-mêmes me fuient. J’ai voulu vivre seul...
-
Oui, tu as voulu.” répète la voix en interrompant le jeune homme. Ce dernier poursuit : “ … sans rien ni personne.” Un
long silence s’installe et soudain un murmure s’élève dans les airs,
d’abord doux et ténu puis de plus en plus sonore et puissant : “c’était
MA volonté!” Ethan
réalisa alors toute l’absurdité de sa requête. En fait, il n’avait jamais
cessé de vouloir. Et se croyant incapable de désir, il s’était affranchi de
toute possibilité de bonheur, le plus simple soit-il, en niant ce souffle de
vie qui réside en lui. Renoncer à vivre par peur de souffrir, voilà ce pour
quoi ses énergies se sont mobilisées toutes ces années durant.
“Ose, risque, entreprends et tu vivras pleinement Ethan. Volonté se décline comme Liberté. Non pas que ta volonté s’arrête là où celle d’autrui commence; elle est plutôt l’expression d’un choix sans cesse remis en cause. En somme, elle est la voix royale menant à la liberté.
Comme ce poème hier soir… Je
traîne après moi tant d’échecs et de mécomptes J’ai
la méchanceté d’un homme qui se noie Toute
l’amertume de la mer me remonte Il
me faut me prouver toujours je ne sais quoi Et
tant pis qui j’écrase et tant pis qui je broie Il
me faut prendre ma revanche sur la honte Ne
puis-je donner de la douleur Tourmenter N’ai-je
pas à mon tour le droit d’être féroce N’ai-je
pas à mon tour droit à la cruauté Ah
faire un mal pareil aux brisures de l’os Ne
puis-je avoir sur autrui ce pouvoir atroce N’ai-je
pas assez souffert assez sangloté Je
suis le prisonnier de choses interdites Le
fait qu’elles le soient me jette à leur marais Toute
ma liberté quand je vois ses limites Tient
à ce pas de plus qui la démontrerait Et
c’est comme à la guerre il faut que je sois prêt D’aller
où le défi de l’ennemi m’invite Toute
idée a pour moi besoin d‘un contre-pied Je
ne puis supporter les vérités admises Je
remets l’évidence elle-même en chantier Je
refuse midi quand il sonne à l’église Et
si j’entends en lui des paroles apprises Je
déchire mon cœur de mes mains sans pitié Je
ne sais plus dormir lorsque les autres dorment Et
tout ce que je pense est dans mon insomnie Une
ombre gigantesque au mur où se déforme Le
monde tel qu’il est que follement je nie Mes
rêves éveillés semblent des saint Denis Qui
la tête à la main marchent contre la norme Inexorablement
je porte mon passé Ce
que je fus demeure à jamais mon partage C’est
comme si les mots pensés ou prononcés Exerçaient
pour toujours un pouvoir de chantage Qui
leur donne sur moi ce terrible avantage Que
je ne puisse pas de la main les chasser Cette
cage des mots il faudra que j’en sorte Et
j’ai le cœur en sang d’en chercher la sortie Ce
monde blanc et noir où donc en est la porte Je
brûle à ses barreaux mes mains comme aux orties Je
bats avec mes poings ces murs qui m’ont menti Des mots des mots autour de ma jeunesse morte
Aragon,
Le roman inachevé, Paris, Ed. Gallimard, coll. Poésie, 2ème trim.1966.
A. Le Prince : Nous avons reçu une carte d'André-Thomas d'Aquin qui souhaite de très bonnes vacances à tous nos lecteurs et internautes; il sera à nouveau parmi nous à la rentrée de septembre. Aujourd'hui, dans une sémantique de Trinité, je vous invite à découvrir le Trinôme caché dans le Triptyque de la talentueuse Nina N'Diaye.
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